Le 22 septembre 2010, Tyler Clementi, 18 ans, mettait fin à ses jours en se jetant du haut du Washington Bridge. Quelques heures plus tôt, ses ébats avec un homme avaient été filmées et diffusées en direct sur internet par son camarade de chambre à l’Université Rutgers (New Jersey). Ce drame avait connu un retentissement mondial. Aux Etats-Unis, il avait relancé le débat sur le harcèlement homophobe dans lycées et les universités. Pas moins de quinze chefs d’accusation ont été retenus contre Dharun Ravi, le «roommate» de Tyler Clementi. Parmi eux, celui de «second-degree bias crime» (crime par dol éventuel motivé par un préjugé). Il risque 10 ans de prison.

Tandis que l’accusation n’a pas formellement établi de lien entre le suicide et l’espionnage, les avocats ont contrattaqué cette semaine en livrant des retranscriptions des différentes messageries utilisées par les deux jeunes. Elles fournissent une image plus complexe que prévu de l’affaire.

Dans la centaine de pages de messages collectés par les enquêteurs, on trouve un Tyler Clementi peu inquiet de voir son homosexualité révélée à des tiers. De fait, Ravi avait déjà filmé Clementi à son insu. Ce dernier s’était alors montré relativement serein: «Quand je me rappelle ce qui s’est passé, je sais pas, ça n’a pas l’air siiii grave lol», avait-il écrit sur un forum gay. Par ailleurs, l’image de Tyler Clementi comme le jeune violoniste timide est mise à mal par des messages trahissant une certaine condescendance à l’égard des origines Ravi. Il est «tellement Indien/Américain de la première génération», a noté un jour Clementi avec amusement, ajoutant que ses parents tenaient une franchise de Dunkin’ Donuts, une chaîne de cafés-snacks.

De son côté, les messages de Ravi ne témoigneraient d’aucune hostilité ou anxiété particulière à l’égard de l’homosexualité de son camarade de chambre. Peu avant le suicide, Ravi lui avait envoyé un SMS lui assurant qu’il «n’avait aucun problème avec le fait qu’il soit gay». Il qualifiait l’incident de la webcam de «malentendu mineur». «Tous les deux étaient péniblement conscients du malaise entre eux», résume le New York Times.

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