Homoz inaugure sa page spéciale Nos entretiens !

Ecrivains, acteurs, chanteurs, médecins ou politiques, nous vous proposerons une large palette de rencontres.

Aujourd’hui c’est Jean-Luc Romero qui nous fait l’honneur de répondre à nos questions.

 



 

Face à la mauvaise foi de certains politiques, n’avez-vous jamais été tenté d’outer des personnalités politiques homosexuelles ?

Récemment, quand un tiers des sénateurs a signé une pétition contre l’enseignement de la théorie du genre, j’ai été furieux quand j’ai vu dans la liste plusieurs sénateurs dont je connais l’homosexualité. Dans ces moments-là, on aurait envie de les outer, mais j’y suis pourtant opposé car vouloir dénoncer pour des raisons éthiques pourra à terme conduire à des dénonciations de gens qui n’ont jamais fait tort à leur communauté. Il reste aujourd’hui difficile de dire son homosexualité en politique et, même si j’espère que plus d’élus vont oser dire leur identité, cela doit venir d’eux. Pas de dénonciation d’où qu’elle vienne …

Combien d’homosexuels y-a-t-il, à votre connaissance, à l’Assemblée Nationale et au Sénat ?

En ce qui me concerne, je connais une trentaine de parlementaires – députés et sénateurs – LGBT.

S’il n’était pas question d’adoption derrière tout ça, pensez-vous que le législateur aurait autorisé depuis longtemps le mariage pour les gays ?

Il est clair que la question de l’adoption a été utilisée pour faire peur aux Français. Alors que la vraie question, c’est celle bien plus globale de l’homoparentalité qui est une réalité dans notre pays.

Vous êtes le premier et seul homme politique a avoir évoqué sa séropositivité. Connaissez-vous d’autres personnalités politiques séropositives ?

Vous croyez vraiment que sur 550.000 élus en France, je suis le seul !

Le législateur est en grand décalage avec la société. 70% des français seraient désormais pour le mariage entre homosexuel, et les députés et sénateurs refusent toujours de légiférer… Plusieurs pays européens ont déjà autorisé le mariage, et pour certain l‘adoption; mais le pays des droits de l’homme, lui ne fais rien. Qu’attendons-nous ?

Je me pose aussi la question !!!

Le Sénateur socialiste Jean-Pierre MICHEL et ses collègues ont déposé une proposition de loi autorisant l’adoption par les partenaires liés par un pacte civil de solidarité ou des concubins. Le mot « homosexuel » n’est pas une fois cité dans la proposition de loi. Normal, l’égalité hétéro/homo c’est de ne plus faire de différence. Pensez-vous que le législateur autoriserait d’abord l’adoption par des homosexuels, avant le mariage ?

Il est vraiment étonnant de voir à quel point certains mots restent tabous chez nos élus… Je pense que l’ouverture du mariage aux conjoints de même sexe sera votée s’il y a alternance en 2012 et j’espère que le PS et la gauche y incluront aussi l’adoption ! En tous cas, je me battrai pour cela.

Nous avons déjà fait un article dans se sens A notre avis, sauf changement de majorité, ce n’est pas le législateur qui changera la loi, mais la justice. Plusieurs fois condamnée par l’Europe, la France devra tôt ou tard revoir sa politique du mariage. Qu’en pensez-vous ?

Je pense que c’est la responsabilité des politiques. Aux électeurs de ne pas voter pour les candidats qui refusent l’égalité homos/hétéros ! 2012 approche, mobilisons-nous !

Claude Greff, l’actuelle secrétaire d’état à la Famille a voté contre l’ouverture du mariage aux couples homosexuels. « Le mariage implique une filiation» avait-elle estimé sur Europe 1. Devrait-elle proposer une loi interdisant le mariage aux couples stériles ?

Votre réponse est pertinente. Qu’elle aille au bout de sa logique imbécile ! Ceci dit, qui connaît Mme Greff ?

Plus sérieusement, on pourrait croire que Mme Carla Bruni-Sarkozy se sentirait concernée par la question de l’égalité des droits pour les homosexuels et qu’elle pourrait avoir une influence positive sur le Président. Est-ce le cas ?

Entre l’artiste ouverte et engagée contre les injustices qu’on connaissait avant son mariage et la première dame soutenant inconditionnellement la politique menée actuellement par la droite, il semble y avoir un fossé. Pire une falaise.

Les homosexuels sont toujours exclus du don du sang… Alors qu’en parallèle l’EFS annonce un manque de sang… Pourquoi laisse-t-on croire qu’homosexuel = SIDA ?

Cette interdiction faite aux gays de donner leur sang est tout bonnement scandaleuse ! Je me bats depuis des années pour que, enfin, les mêmes conditions soient appliquées aux hétérosexuels et aux homosexuels. Inutile de vous rappeler que, quand vous déclarez que vous êtes homosexuel et, sans qu’aucune question ne vous soit posée sur vos pratiques, on vous oppose une interdiction à vie de donner votre sang, oui à vie ! A plusieurs reprises, les ministres de la santé ont déclaré qu’ils allaient mettre fin à cette interdiction et … rien n’a bougé ! Manifestement les agences gouvernementales ont pesé de tout leur poids que la discrimination perdure… Même parmi les acteurs de santé, les préjugés persistent, 30 ans après la découverte du virus !

La prévention contre le SIDA se fait de plus en plus rare… Pourquoi ?

Comme je vous le disais, en 2011, cela fera 30 ans que l’on a découvert le virus. Et aujourd’hui que constate-t-on ? Un désintérêt pour cette cause, un désintérêt suicidaire. On peut en donner plusieurs raisons : l’évolution des traitements qui a pu donner l’impression qu’on pouvait guérir de la maladie, la lassitude de la capote, la moindre information qui a conduit à l’augmentation des pratiques à risque etc. Moi, je vais vous dire, ce qui m’intéresse vraiment, ce n’est pas tant les raisons qui ont conduit à cette situation mais bien plus les solutions pour s’en sortir : l’information, l’innovation et la promotion de valeurs humaines.

Aujourd’hui chez les homosexuels, la prévention se fait dans des backrooms, des sex-shop, dans du matériel porno et des bars… Ne devrait-on pas faire plus de prévention dans les médias, les écoles and co ?

Pour ce qui est des médias, je vous rejoins mais croyez bien que, aussi bien moi que l’ensemble des acteurs de la lutte, nous ne ménageons pas nos efforts pour que les médias fassent des sujets sur le VIH/sida … et pas uniquement à l’occasion du 1er décembre ! Pour ce qui est des écoles, je pense en effet fondamental que l’on y fasse de la prévention et plus largement de l’éducation à la vie affective et sexuelle. Le Crips, structure que je préside, forme plus de 130.000 jeunes franciliens par an. Il serait intéressant que d’autres régions s’engagent aussi fortement que l’Ile-de-France !

Avez-vous des retours sur le déploiement du dépistage rapide du VIH ? Comment se passe-t-il ?
Globalement, le dépistage a très clairement été érigé comme une priorité par le nouveau plan de lutte contre le VIH/sida, maintenant il faut que les moyens suivent et que l’engagement politique du gouvernement ne soit pas que fort sur le papier ! Vous imaginez quand même que près d’un tiers des personnes touchées ne connaissent pas leur statut, c’est beaucoup trop. C’est bien pour cela que j’appuie vraiment tous ces programmes de dépistage rapide. J’en ai de très bons retours et je milite pour un développement du dépistage rapide sur tout le territoire.

La plupart des homosexuels ont connu des violences verbales voire physiques. Vous retranscrivez dans votre livre des lettres d’insultes d’une grande violence, faites-vous “plus” peur parce que vous êtes une personnalité politique ?

J’ai voulu publier en fin de mon livre Homopoliticus un florilège de propos homophobes et sérophobes que j’ai reçus ces dernières années. Il ne s’agissait pas pour moi de me plaindre ou de me faire plaindre. La notoriété protège sûrement plus. Mais de dire à celles et à ceux qui croient, parce qu’ils vivent souvent à Paris, que la lutte contre l’homophobie est terminée, que ce combat malheureusement reste essentiel et plus que jamais d’actualité. Bruno Wiel qui a été battu à mort par des homophobes illustre bien l’homophobie qui perdure en France.

Ne vous sentez-vous jamais découragé de défendre vos idées face à la surdité ou à l’obstination de vos adversaires ?

Je me suis senti découragé quand j’étais encore à l’UMP – il y a 5 ans maintenant que j’ai quitté cette formation – de devoir cohabiter avec un député qui estimait que j’étais inférieur car homosexuel… J’en ai tiré les conclusions en quittant l’UMP qui tolère que des homophobes continuent à défendre ses valeurs en étant des élus de la République membres de ce parti. Depuis que je me suis rapproché du PS, je commence à croire que beaucoup de mes combats vont enfin aboutir ! Donc, j’ai retrouvé beaucoup d’énergie et ne cède plus au découragement !

 

Jean-Luc Romero a sorti un livre Homopoliticus dont nous vous parlions il y a quelques mois.

Savez-vous combien d’exemplaires vous avez vendu ?

Non malheureusement, car mon éditeur semble avoir quelques problèmes et est actuellement dans une procédure de redressement. Mais je reçois beaucoup de lettres de lecteurs, ce qui semble montrer que le livre, qui a suscité de bonnes critiques dans les médias, a trouvé son public.

Avez-vous eu des retours négatifs suite à la publication, de la part de votre entourage politique ?

Non, mais j’ai reçu bien des appels angoissés d’élus avant sa publication qui craignaient que je les dénonce… C’était plutôt amusant d’autant que cela n’a jamais été ni ma méthode ni mon but…

Pourriez-vous envisager de décliner votre livre en documentaire pour la télévision ?

J’ai été contacté par une boîte de production qui voudrait faire un documentaire à partir de mon livre. Elle a soumis l’idée à des chaînes de télé. On attend leur réponse…

Avez-vous un nouvel ouvrage en préparation ?

Je suis encore dans la promotion d’Homopoliticus. J’ai beaucoup de travail pour mobiliser pour mes combats, donc peu de temps pour écrire en ce moment. Mais j’ai bien sûr quelques idées en tête pour un prochain ouvrage. Mais pas avant le deuxième semestre 2012 !

Ces derniers jours, on reparle de l’euthanasie. Vous êtes président de l’ADMD-France, au-delà de l’affaire de Bayonne – dont l’enquête commence à peine, n’est-ce pas finalement encore l’héritage religieux de certains de nos parlementaires qui freine ces évolutions de notre droit ?

C’est l’héritage religieux de la France tout entière qui bloque ces évolutions. Le sujet de la mort est tabou et les élites refusent d’aborder le sujet. Mais il est vrai que l’influence de l’église catholique sur une poignée de parlementaires très structurée qui se retrouve régulièrement à l’église Sainte-Clotilde, près de l’Assemblée Nationale, est une force rétrograde importante. Et une insulte au caractère laïque de notre République. Curieusement, cette influence dont je parle beaucoup dans mon précédent livre « Les voleurs de liberté » (Florent Massot – 2009), est toujours occultée dans les médias. Si vous ajoutez à cette influence le lobby des médecins parlementaires qui n’entendent pas abdiquer leur pouvoir de vie ou de mort sur les Français, vous comprenez à quel point les élections de 2012 vont être importante pour que nos adhérents s’expriment dans l’isoloir selon un mot d’ordre simple : « Pas une voix pour les opposants à l’euthanasie / Pas une voix pour les voleurs de liberté ».

 

N’avez-vous pas l’impression que les français seraient pour une aide active à mourir ?

Ce n’est pas une impression : 94% des Français approuvent le recours à l’euthanasie – c’est le mot employé par le sondeur – selon un sondage Ifop pour le journal Sud Ouest réalisé en août 2011. Ce chiffre est identique au résultat d’un sondage réalisé, toujours par l’Ifop, en octobre 2010. En mai 2009, BVA avait trouvé un résultat de 86%. Connaissez-vous beaucoup de sujet de société qui fédère ainsi les Français ?

D’après l’avocat du médecin, l’euthanasie se pratiquerait dans tous les hôpitaux. Pensez-vous également que plusieurs médecins pratiquent l’euthanasie ?

Les chiffres communiqués par les associations de réanimation font état – c’est une estimation basse – de 15 000 à 20 000 euthanasies clandestines par an. 50% des décès qui surviennent dans des services de réanimation, en France, sont le fait d’une décision médicale. La motivation de tels actes peut être compassionnelle. Ce peut être également une question de place. Pour l’ADMD, c’est clair, seule la volonté de la personne, clairement exprimée directement, par l’intermédiaire de ses directives anticipées ou par la voix de sa personne de confiance peut déclencher une aide active à mourir.

Comme à chaque élection, on devrait ré-entendre quelques promesses en faveur des homosexuels, à la prochaine présidentielle. Promesses qui seront tenues ou pas ?

Je suis persuadé que si la gauche et les écologistes gagnent les élections présidentielles et législatives de 2012 qu’ils tiendront, cette fois-ci, leurs promesses. Par contre, je crains que si la droite gagne de nouveau, nous devions encore attendre pour célébrer l’égalité homos/hétéros !

Vous êtes désormais apparenté au PS. Soutiendrez-vous le Parti Socialiste durant la campagne présidentielle? Avant cela, avez-vous un candidat préféré pour la primaire socialiste ?

Bien sûr, j’irai voter à la primaire socialiste avec enthousiasme. Je trouve formidable que le PS mette en place un système ouvert qui permette à toutes celles et à tous ceux qui le désirent de choisir le candidat qui affrontera le président sortant. Je ne souhaite pas choisir publiquement pour l’instant de candidat car je me déterminerai à la fin de la primaire en fonction des réponses qu’apporteront les candidats aux différents combats pour l’égalité et la dignité que je mène.

Avez-vous un message pour les futurs candidats à la présidentielle ?

Qu’ils entendent enfin les Français et ne méprisent plus les questions de société comme ils le font depuis si longtemps. Il faut que la France redevienne cette nation qui montre le chemin vers l’égalité et la liberté.