Si vous en avez assez de lire que vous êtes homosexuels parce que vous avez souffert de l’absence de votre père, ou parce que vous aviez trop de sœurs, lisez Biologie de l’homosexualité. On naît homosexuel, on ne choisit pas de l’être. L’auteur Jacques Balthazart est interrogé par Olivier Postel-Vinay pour une interview dans le mensuel Books. Vous n’avez peut-être pas envie de lire qu’en manipulant nos gènes on pourrait devenir homosexuel et inversement… Mais le débat est ouvert et nous vient de Belgique.

« Biologie de l’homosexualité », c’est un titre plutôt hardi, non ?

Pour le public français oui, et c’est justement ce public que je vise. Parce que les Anglo-Saxons sont beaucoup plus avertis à cet égard. Non qu’on ne trouve parmi eux nombre d’opposants à l’idée d’une composante biologique de l’homosexualité. Mais les avis sont partagés, il y a débat, tandis qu’en France, et dans les pays latins, c’est l’anathème. La plupart des livres parus encore récemment en français présentent l’homosexualité comme la résultante d’une enfance contrariée, d’un environnement particulier, ou d’un choix, et gomment ou nient les données scientifiques disponibles. Je précise que ce qui m’intéresse, ce n’est pas l’homosexualité en tant que telle, mais de comprendre comment une caractéristique comportementale assez sophistiquée peut être éventuellement déterminée par des facteurs biologiques. Je me pose tout autant de questions sur mon hétérosexualité que sur l’homosexualité.

Le cerveau peut-il être considéré comme un organe sexuel ?Il faut bien comprendre que l’action des hormones sexuelles très tôt dans la vie est irréversible. Elle est associée à une période critique : l’effet organisateur ne peut se produire que dans une fenêtre de temps bien précise qui correspond à un stade de développement du système nerveux. Chez le mâle, animal ou humain, les effets organisateurs de la testostérone sont dits « génétiques indirects ». Il y a sur le chromosome Y un gène, SRY, qui induit la formation des testicules. Ceux-ci fabriquent la testostérone pendant la vie embryonnaire et c’est cette hormone qui va produire les caractéristiques masculines, tant morphologiques (pénis et scrotum) que comportementales. En l’absence de testostérone ou de récepteurs de la testostérone, cela donne des structures génitales et comportementales femelles, même si l’individu est génétiquement de sexe masculin. Depuis une dizaine d’années, on pense qu’il existe en outre des effets génétiques directs, qui agissent indépendamment de la testostérone ; mais le sujet est encore au stade de la recherche.

Quel rapport y a-t-il entre la détermination du sexe et l’homosexualité ?

On s’est rendu compte, ces dix dernières années, que ces mécanismes hormonaux de différenciation concernent aussi le choix du partenaire chez l’animal. On sait fabriquer des rats et des furets mâles qui deviennent homosexuels ou bisexuels à tendance homosexuelle. Soit en manipulant les conditions hormonales pendant la vie périnatale, soit en manipulant l’aire préoptique à l’âge adulte.

Indépendamment de ces effets hormonaux, peut-on invoquer une composante héréditaire de l’homosexualité ?C’est en effet une autre catégorie d’indices. J’évoquais tout à l’heure la possibilité d’effets génétiques directs. Il est clair, indiscutable, que l’homosexualité est en partie transmise. Les études sur les vrais jumeaux indiquent une forte héritabilité de la variance dans l’orientation sexuelle, de l’ordre de 30 % à 60 %. On sait aussi qu’un homme homosexuel a plus de chances de compter des hommes homosexuels parmi ses ascendants du côté maternel. Cela suggère une transmission par voie matriarcale. Trois études indépendantes indiquent l’existence d’une liaison entre la transmission de l’homosexualité masculine et des marqueurs situés sur une région bien précise du chromosome X.

Les différences cérébrales souvent évoquées entre le cerveau humain hétérosexuel et homosexuel sont-elles avérées ?

Le problème est que les études sont très difficiles à réaliser. Les différences observées, par exemple dans l’aire préoptique, concernent des structures trop petites pour être vues par imagerie médicale. Mais leur petitesse ne nous dit rien de leur fonctionnalité. Pour en donner une idée, un noyau de 1 mm3 peut contenir 10 000 neurones, qui peuvent avoir chacun mille connexions, ce qui donne dix millions de connexions. Cela permet de faire un circuit logique d’une belle complexité. Je conclus des études réalisées qu’il existe sans doute des différences statistiquement significatives de densité ou de volume neuronal pour certains noyaux. Mais, là encore, ce que l’on trouve, c’est une différence à la moyenne. Il y a des recouvrements. C’est un élément d’explication, sans plus.

Interview d’Olivier Postel-Vinay à lire en intégralité et gratuitement sur ce lien.

 

Source : Books n°49 – Décembre 2013 – 9.80€