Le 12 décembre 2014 restera une date particulière pour Florian Philippot, le numéro 2 du Front National. Étonnamment, c’est Closer qui en est responsable.

En effet, le magazine people a publié quelques photos d’un week-end romantique de M. Philippot, à Vienne, en compagnie d’un homme. Oui, oui, un homme ! Le bras droit de Marine Le Pen est donc homosexuel.

Extrait de la Une de Closer

Deux choses : l’outing d’une personnalité publique, qui plus est politique, est une pratique rare en France. Qu’en penser ? Et surtout, que penser d’un homme politique homosexuel dans un parti d’extrême droite ?

Dès la sortie du scoop, les réactions se multiplient chez les politiques, chez les journalistes et chez les lecteurs notamment via les réseaux sociaux.

Marine Le Pen estime que «c’est une atteinte très grave aux libertés individuelles. Ce type de comportement est insupportable. Je le dis quand cela touche Florian Philippot comme quand ça touche François Hollande. La vie privée est sacrée.»

Valérie Debord à l’UMP, s’exprime via son compte Twitter :

A gauche, les réactions sont à peu près similaires, le député socialiste Olivier Faure rappelle le principe du droit à la vie privée.

Et c’est plus à gauche, du côté du Parti Communiste, avec Ian Brossat, qu’il faut regarder pour avoir une réaction légèrement différente :

Et on ne vous parle pas des « Journalistes », qui, quasiment tous, condamnent le magazine Closer. Néanmoins, sur son site internet, l’Association des Journalistes Lesbiennes Gay Bi.e.s et Trans (AJL) « appelle de ses vœux une évolution des mentalités et de la législation, afin que l’homosexualité ne soit pas automatiquement reléguée à la sphère privée (quand l’hétérosexualité, elle, est toujours publique), et que la conception parfois très restrictive de « vie privée » ne serve pas d’excuse pour entraver la liberté d’informer« .

Mais quelle est la réaction de Florian Philippot ? Il n’y en a toujours pas, en attendant, c’est Marine Le Pen qui annonce qu’une plainte sera déposée.

C’est 3 jours après le scoop, que le numéro 2 du FN s’exprime pour la première fois, au micro de France Inter :

 
Florian Philippot : « Le FN n’est pas gay… par franceinter

« Non, le Front national n’est pas ‘gay friendly’, il n’est pas l’inverse non plus, il est juste ‘french friendly' ». Le FN « ne voit pas des gens qui ont telle ou telle origine, telle ou telle orientation, tel ou tel sexe : il voit des Français qui ont des convictions politiques« . Il se définit d’ailleurs comme « ni communautariste, ni anti-je-ne-sais-quoi ».

Le 24 décembre 2014, le Tribunal de Grande Instance de Paris a condamné le magazine Closer pour atteinte à la vie privée.  Closer devra donc verser 20.000 euros au titre de dommages-intérêts, de publier la condamnation en couverture du magazine et de verser 3.500 euros au titre des frais de justice.

Le fait de publier « des textes et des photographies faisant état d’une relation amoureuse de M. Philippot avec un homme, le magazine Closer a porté atteinte à [sa] vie privée ». En revanche, le fait que Florian Philippot soit homosexuel « peut toucher à l’intérêt général en ce que ce sujet peut relever d’un débat légitime sur l’incidence que peut avoir cette relation entretenue par le vice-président du FN sur les opinions politiques de Marine Le Pen ».

La condamnation ne porte donc pas sur l’outing mais plutôt sur  « la surveillance constante pendant deux jours » considérée comme « préjudiciable à [la] liberté d’aller et de venir et attentatoire à [la] vie privée ».

Le magazine Closer a fait appel de cette décision.

Florian Philippot estime, sur Europe 1, que « c’est une décision raisonnable. Je pense qu’elle démontre qu’on protège encore la vie privée en France« . « Faut-il encore durcir la loi contre la presse people? » lui demande-t-on, « probablement » répond-il.

Cette distinction entre dévoiler le compagnon d’un homme public, et le fait d’être homosexuel, semble être de plus en plus prise en compte par la justice française. En effet, en 2013, la cour d’appel de Paris, qui étudiera l’appel de Closer face à Florian Philippot, a estimé que « M. Briois [dont un livre révélait son homosexualité] est une personnalité politique de premier plan puisqu’il est secrétaire général du Front national » et que « l’évocation de [son] homosexualité et de la supposée influence de cette orientation sexuelle sur la politique du Front national est de nature à apporter une contribution à un débat d’intérêt général« .

On attend dorénavant la décision de la cour d’appel de Paris.